PatchOactu – Yan Bé / vernissage de « En Direct »

 

Bonjour Yan, pourrais- tu te présenter en quelques mots ou plus ?

Salut ! Je m’appelle Yan Bé, auteur-compositeur-interprète de chanson française à texte. Je m’illustre aujourd’hui à la guitare électro-acoustique dont je suis tombé éperdument amoureux après avoir flirté des années avec l’électricité et la fameuse « Gibson SG », grattée habituellement avec autant de talent que de cheveux gras par l’emblématique écolier rocker Angus Young, guitariste de AC/DC, dont la nuque ne réclame toujours pas de se reposer contre une harpe. C’est que l’enfant que j’étais fut baigné dans une soupe aux divers ingrédients, brassé principalement entre le rock psychédélique de Pink Floyd et les mots de Renaud, entre les briques et la pêche à la ligne, entre la vie citadine et le grand air, entre l’aigre et le doux où la tâche ne reste pas aisée s’il m’en venait à devoir déterminer qui représente l’aigre et qui représente le doux. Ces influences m’amènent certainement aujourd’hui à jouer avec les contrastes en prenant un malin plaisir à coller des textes au ton grave sur des mélodies entraînantes et inversement.

Led Zep’, Deep Purple, les Who, les Stones, Pink Floyd et même AC/DC prennent le pas à mon adolescence et m’entraînent dans dix années placées sous le signe du rock’n’roll où je m’engage dans diverses formations en tant que guitariste. Nous reprenons – piètrement – dans un premier temps les chansons de nos idoles, nous créons plus tard notre propre musique nous amenant à enregistrer un EP 4 titres en studio, le tout étant largement suffisant pour me donner goût à cette drogue qu’est la scène. « Twist and shouuut… » Ahh !! Que de bons souvenirs !!

Les années passent et sans retourner ma veste, je retrouve la chanson : Brel, Brassens, Gainsbourg et bien entendu Renaud… et les nouveaux arrivent : Saez, Bénabar, la Rue Ketanou… (si la musique et la réussite artistique suit la loi de la théorie de la sélection naturelle de Darwin, et que ce sont les espèces les plus adaptées qui survivent, il me semble judicieux de mettre le dinosaure (que je pourrai tristement remplacer par « baleine » dans quelques années) qui vit en moi de côté – je vais essayer de ne pas craquer – pour garder un pied dans le présent. Qu’est-ce que c’est bon la chanson…

copyright: Jakob Wendt

J’ai toujours aimé écrire. J’ai toujours écrit. Des bribes de vers. Des réflexions. Ces fragments, j’ai eu envie de les réunir et d’en faire des chansons. Tout commence forcément dans le coin d’une chambre, un stylo, un calepin et une guitare. Je vais voir des concerts. Le rock c’est fini, mais la scène me démange. Créer un projet. Créer MON projet. Yan Buntschu ? Pas très esthétique – et on a envie de voir autre chose sur les pochettes de mes futurs disques que mon nom. « Yan Bé », c’est bien. Un rêve. Un rêve qui allait faire son chemin. J’écris la « Pomme Empoisonnée », armé de mon fidèle calepin dans et pour un bar pour lequel j’éprouve une étrange nostalgie. Raconter des histoires, partager, voyager, faire des rencontres, fouler les planches – qui me manquent tellement- de ces scènes qui, des plus petites aux plus grandes ont soulevé tant d’émotions. Un sens à ma vie ? La musique ! Oui c’est clair, la musique ! Gourmand je sifflote une ligne de violon sur ce premier titre. Kevin Rosianu, une première rencontre déterminante, vient ajouter ses 4 cordes et son talent. Pas moins d’une année après, une dizaine de nouvelles chansons écrites et arrangées, Jérémie Duciel, batteur pour K, prend la basse, Jeremy Grossenbacher s’empare de la batterie et Julie Mantondon de son violoncelle. La formation est complète, un Myspace, un concours… et c’est le Rock Oz’arènes ! Le projet est lancé et la drogue devient dure. Impossible de faire marche arrière : la passion est confirmée, l’osmose est parfaite, l’épanouissement est total.

Justement, peux-tu nous expliquer ce que représente la scène pour toi ? Aurais-tu déjà des anecdotes à partager ?

copyright: Jakob Wendt

La scène, c’est une dimension que je ressens comme particulière et hors du temps. Quant on la vit pleinement, le temps s’arrête par la même occasion. Adrénaline, semelles des chaussures qui demandent à chaque occasion les planches en épousailles. Un sourire dans le public – ce que je viens de dire l’a fait marrer -, un rictus – chuut ça reste entre nous –, des danses, des baisers. Pour moi, un bon moment sur scène est l’équivalent d’une échelle que l’on emprunte pour atteindre l’orgasme : je donne, mais le public est plus fort, il en donne plus… il faut que je donne plus, mais le public est toujours le plus fort, et je donne encore plus… En parallèle je vois les paroles de mes chansons se dessiner sur les lèvres de mes musiciens, et une musique évoluer vers un final prêt à s’imposer. L’osmose est complète. Nous grimpons tous ensemble les échelons de la jouissance jusqu’à explosion. Qu’est-ce que c’est bon la scène ! Il est temps de jouer un morceau plus calme à présent. Il est en effet des instants comme ça où l’ordre du répertoire demande à être adapté à ce qui se passe sur le moment et à ce que le public en fait. Je joue ensuite « le funiculaire ». Pas le temps d’introduire la chanson que le public le fait à ma place. Wow ! Le Bout du Monde à Vevey c’était ça. Si la qualité du son était loin d’être au top, le spectacle, pour ces courts instants de bonheur, reste gravé dans mes tripes. Arrive le Chat Noir et une radio le précédant. L’endroit en impose, charme, stimule par son côté mythique. Mettre ses semelles dans ces empruntes de pas qui font rêver… Il y une âme dans cet endroit. Le Chat Noir est habité. On y entend retentir la finesse du jazz et de la soul, on y entend frémir les premiers pas de Renan Luce pour qui Benoît Dorémus dessine amicalement un bras d’honneur sur le mur des loges … Nous sommes ce soir-là 6 artistes à nous partager la scène. Des rencontres, des Ukulélés, des violons et des guitares qui se mélangent dans les 3 mètres carrés de la loge, bien plus remplie de souvenirs, d’âme et de bière que de places assises. 20 courtes minutes, mais quel plaisir ! Je rêve du Chat Noir. J’aimerais m’y voir proposer un concert complet et me sentir sur les traces des chanteurs qui aujourd’hui ont dessiné leur carrière sans dépasser. Je me sens bien dans ces endroits intimistes et je m’essaie à la mise en avant d’un véritable dialogue avec le public. Les scènes en Open Air me plaisent également dans un tout autre registre. La distance est plus grande, mais les musiciens, le public et moi-même nous retrouvons dans ce genre d’événement dans un même état d’esprit et la distance devient proximité. Oui… la grande scène du paléo me fait rêver, j’avoue !

Je crois que tout est bon à prendre sur une scène. Le son peut être pourri, l’infrastructure mal adaptée, des cordes qui cassent, un accueil à la Indiana Jones… Oh oui ça arrive ! Mais tout ça représente pour moi un challenge. J’aime le challenge. Les gens qui sont venus me voir auraient pu aller voir « Avatar » au cinéma, Jérémie Kisling (Jérémie Kisling avec ou sans lunettes 3D c’est très bien), ou encore se retrouver sans leur traditionnel bar où la bière coule à flot, mais ils ont choisi Yan Bé pour cette soirée du samedi et il faut l’assumer et honorer cette présence qui touche toujours autant. Imaginez le pouvoir d’une foule dans une salle de concert ! La fin pourrait être tragique et ressembler à celle de Patrick Süskind dans son génialissime « Parfum » où le héros fini dévoré par cette masse de gens ! Sans faire de comparaison abusive et la divine influence en moins, ce que je veux dire par là c’est que sur scène, si le stimulus initial vient de la scène, on ne se retrouve plus 4 contre 500, soit les musiciens contre le public, mais on forme la même équipe, qui, le sentiment étant partagé, vont gravir les échelons de cette – trop citée- échelle vers l’orgasme.

La scène… Je ne peux pas vivre sans !

Peux-tu nous parler de ton actualité musicale, de tes projets présents et futurs ? Où vas-tu te produire prochainement ?

Après avoir enregistré artisanalement 3 chansons afin d’en constituer un Myspace, j’ai pu présenter mes chansons sur scène à une vingtaine de reprises dans le courant de l’année 2009. J’ai mis la scène de côté en cette première partie d’année 2010 afin de pouvoir me consacrer entièrement à la production de mon premier disque, rêvé depuis toujours, et vous annonce donc son vernissage le :

9 novembre 2010, 21h, au Bourg à Lausanne

Pour cette occasion, je souhaite monter un spectacle musical agrémenté de mises-en-scènes et autres surprises, accompagné de plusieurs artistes ayant accepté de collaborer sur ce premier opus. Merci à eux ! Un événement que je souhaite évidemment partager avec le plus grand monde, sentez-vous donc les bienvenus !

Par la suite, et avec le soutien de mon agence « speakon », nous défendrons cet album à travers la Suisse en espérant passer quelques frontières.

Répondre à l’occasion d’articles diffusés sur la toile ou dans les médias représente évidemment pour moi une excellente occasion de remercier tous ceux qui m’ont soutenu depuis mes débuts d’une manière ou d’une autre, ceux qui entreront dans mes pas, et ceux qui me suivront par la suite. Merci !

Aller Yan, une petite impro ???

Ecrire une chanson…
C’est une mise à nu habillée de passion,
Un jeu subtil avec les mots et les sons,
Fruits de la plus belle introspection.
C’est de la pensée la maigre condensation,
Des sentiments la tendre exposition,
Un regard sur les choses ; leur donner un nom,
Un testament, une addiction.
Ecrire une chanson…
C’est ma passion que vous déshabillerez à votre façon.

Merci au PatchOmag, c’était un plaisir !

Propos recueillis par Corine – octobre 2010

Pour écouter quelques extraits de « En Direct » rendez-vous sur le Myspace de Yan Bé

Pour découvrir ou redécouvrir le PatchOreport du concert de Yan Bé au Carnotset des Artistes

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